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L'Observatoire

Peut-on réellement acheter une étoile ?

Publié le · Mis à jour le

La réponse courte : non. Aucun texte international ne reconnaît de propriété privée sur un objet céleste, et aucune entreprise ne peut faire enregistrer un nom d'étoile auprès de l'autorité qui les nomme. Ce que vendent les sites de « baptême d'étoile » est l'inscription d'un nom dans leur propre base de données, accompagnée d'un certificat. Ce n'est pas rien, mais ce n'est pas ce que la formule laisse entendre.

Cette page dit précisément ce qui est vrai, ce qui est faux, et ce qui est simplement flou. Nous vendons nous-mêmes un cadeau céleste : nous y appliquons donc la même grille à la fin.

Ce que dit vraiment le droit, et ce qu'on lui fait dire

On lit souvent que « le Traité de l'espace interdit d'acheter une étoile ». C'est une phrase commode, et elle est inexacte. Voici son article II, dans son texte d'origine :

« L'espace extra-atmosphérique, y compris la Lune et les autres corps célestes, ne peut faire l'objet d'appropriation nationale par proclamation de souveraineté, ni par voie d'utilisation ou d'occupation, ni par aucun autre moyen. »

Le mot décisif est nationale. Ce traité, entré en vigueur en 1967 et ratifié par plus d'une centaine d'États, s'adresse aux États : il leur interdit de planter un drapeau et d'en déduire une souveraineté. La formule « ni par aucun autre moyen », que l'on cite volontiers seule, se rapporte à cette appropriation-là. Le texte ne dit rien des particuliers.

Faut-il en conclure qu'on peut donc acheter une étoile à titre privé ? Non plus, et c'est là que la nuance compte : aucun texte international ne reconnaît de propriété privée sur un objet céleste. Il n'y a pas d'interdiction explicite, il y a une absence de fondement. Une vente n'est pas illégale au sens où elle serait sanctionnée : elle est sans objet. Ce qui change de nature, en revanche, c'est le fait de laisser croire à l'acheteur qu'elle produit un effet officiel.

Qui nomme les étoiles, et selon quelle procédure

Une seule institution attribue des noms aux objets célestes : l'Union astronomique internationale. Elle réunit les astronomes professionnels du monde entier et, comme elle l'écrit elle-même, elle est « reconnue comme l'autorité en matière de dénomination des corps célestes ». Le travail est confié à des groupes dédiés, dont le Groupe de travail sur les noms d'étoiles, qui arbitrent les propositions et publient les noms retenus.

Deux conséquences que les pages commerciales mentionnent rarement. D'abord, un nom approuvé par l'UAI est celui qu'emploient ensuite les scientifiques, les agences spatiales et les auteurs : c'est cela, la reconnaissance, et elle se constate dans les publications. Ensuite, l'immense majorité des étoiles n'a aucun nom, seulement une désignation de catalogue faite de lettres et de chiffres. Une étoile « baptisée » par un registre commercial garde donc sa désignation de catalogue, et elle seule, dans toutes les bases que consultent les astronomes.

La confusion vient de là, et elle mérite qu'on s'y arrête : désignation etnom sont deux choses distinctes. Véga, par exemple, porte les deux : un nom propre, hérité de l'arabe et vieux de plusieurs siècles, et des désignations, dont Alpha de la Lyre. Presque toutes les étoiles n'ont que la seconde. Un registre commercial n'ajoute ni l'une ni l'autre : il ajoute une ligne dans son fichier, à côté d'une désignation qui, elle, existait déjà et ne bouge pas.

Enfin, et c'est le point le plus simple : l'UAI ne vend rien. Aucune somme, versée à qui que ce soit, ne déclenche l'ouverture d'un dossier de dénomination.

Alors, que vend-on exactement ?

Une ligne dans une base de données privée, et un document qui l'atteste. Le vendeur tient son fichier, y associe un nom à des coordonnées, et vous en remet la preuve. Tant que c'est dit ainsi, il n'y a aucun problème : c'est un geste, et un geste peut valoir beaucoup.

Le flou commence avec le vocabulaire. « Registre international », « certificat officiel », « enregistré », « homologué » : ces mots suggèrent une autorité extérieure qui n'existe pas. Un registre privé n'engage que celui qui le tient, et rien n'empêche deux entreprises d'attribuer deux noms différents à la même étoile, ni la même entreprise de fermer un jour ses portes avec son fichier.

On rencontre aussi l'argument du dépôt : le registre aurait été déposé chez un officier public, publié sous forme de livre, ou enregistré auprès d'une institution. Ces démarches existent et ne sont pas frauduleuses, mais elles ne font que constater qu'un document a été remis à une date donnée. Déposer un annuaire ne rend officiels ni les numéros ni les noms qu'il contient. La formalité porte sur le contenant, jamais sur le contenu.

Le mot que l'Union astronomique internationale emploie

L'UAI a publié une position sur cette pratique. Elle est brève et sans ambiguïté : ces noms « ne sont en aucun cas légitimes et n'ont aucune valeur officielle ». On ne peut pas être plus clair, et c'est l'autorité elle-même qui parle.

Il faut lire la suite, car elle est moins souvent citée et beaucoup plus intéressante. L'UAI ne condamne pas le geste, ni l'émotion qui le motive. Elle termine ainsi : « Comme le grand amour et tous les plus beaux aspects de la vie humaine, la beauté du ciel nocturne n'est pas à vendre, mais tout le monde peut en profiter gratuitement. » Ce qu'elle vise n'est pas la dédicace, c'est le fait de faire payer une officialité imaginaire.

Les seuls noms jamais glissés dans le ciel n'ont rien coûté

Il existe une exception célèbre, et elle vaut d'être racontée parce qu'elle dit tout. Deux étoiles du Dauphin s'appellent Sualocin et Rotanev. Ces noms apparaissent pour la première fois dans le catalogue de Palerme, publié en 1814, et personne n'a compris pendant des décennies ce qu'ils voulaient dire.

L'énigme a fini par être résolue : il suffit de les lire à l'envers. On obtientNicolaus Venator, la forme latine du nom de Niccolò Cacciatore, l'assistant de l'astronome Giuseppe Piazzi à l'observatoire de Palerme. Il avait discrètement glissé son propre nom dans le ciel, en le retournant, au moment de préparer le catalogue.

Ces deux noms sont toujours en usage aujourd'hui, deux siècles plus tard. C'est probablement la seule fois où quelqu'un a réussi à faire entrer son nom dans les catalogues d'étoiles sans y être autorisé, et cela n'a coûté à personne un centime. La morale n'est pas qu'il faut imiter Cacciatore : c'est qu'aucune somme d'argent, aujourd'hui, n'achète ce qu'il a obtenu par une plaisanterie.

Ce que ça change pour la personne qui reçoit

C'est la question qu'on oublie de se poser, et c'est pourtant la seule qui compte le jour où l'on offre. Les déceptions rapportées autour de ces cadeaux ne viennent presque jamais de l'achat : elles viennent de la découverte, des mois plus tard, souvent par un tiers qui explique en trois phrases que rien n'était officiel. Le cadeau ne perd pas sa beauté ce jour-là ; c'est la personne qui l'a offert qui se sent bête.

Deux autres surprises reviennent. L'étoile attribuée est le plus souvent trop faible pour être vue à l'œil nu, ce qui rend impossible le geste qu'on imaginait : la montrer. Et l'unicité n'est garantie que dans le fichier du vendeur, pas dans le ciel, où rien n'empêche un autre registre d'avoir déjà attribué la même.

Comment reconnaître un vendeur honnête

Quatre questions suffisent, et elles se posent à n'importe quel site, y compris celui-ci.

  • Où est écrit que le nom n'est reconnu par aucune autorité astronomique ? Si la réponse se trouve à la vingtième question d'une FAQ ou au bout des conditions générales, c'est une réponse.
  • Est-ce écrit là où la personne qui reçoit le lira, sur la page qu'elle ouvre, ou seulement sur le site que seul l'acheteur consulte ?
  • Le vendeur s'engage-t-il à ne jamais attribuer deux fois la même chose, et dit-il clairement que cet engagement ne vaut que dans son propre registre ?
  • L'éditeur est-il identifiable : une raison sociale, une adresse, un moyen de le joindre ? Un nom de marque qui sonne institutionnel n'est pas une identité.

Un signal complémentaire : les images. Une photographie d'archives créditée, dont on peut remonter la source, ne coûte rien à vérifier et dit beaucoup sur le reste.

Ce que nous faisons, et ce que nous ne faisons pas

Nous vendons un cadeau céleste : la grille ci-dessus s'applique donc à nous. Chez Eonelya, vousacquérez des parts d'un fragment de nébuleuse, inscrites à un nom dans notre registre privé, avec un certificat personnalisé et une page cadeau. Cela ne confère aucun droit de propriété sur l'objet céleste, aucune organisation astronomique ne le reconnaît, et nous n'avons aucun lien avec la NASA, l'ESA ou l'ESO au-delà de l'usage de leurs photographies d'archives publiques, créditées.

Cette phrase figure sur la page cadeau que le destinataire ouvre, pas seulement ici. C'est la seule différence que nous revendiquons, et elle tient en une idée : personne ne doit découvrir quoi que ce soit de désagréable dans six mois. Le reste, ce sont de vraies régions du ciel, photographiées par les plus grands télescopes, à partir de 2,90 € la part dans lacollection, et une page qui expliquece que vous offrez vraiment.

Sources : Traité sur l'espace extra-atmosphérique, article II (ONU, 1967) ·Union astronomique internationale, « Acheter des noms d'étoiles ».